Présenté par Le Théâtre de l'épée de bois
"Phèdre a une personnalité tellement puissante et forte que beaucoup de metteurs en scène confient le rôle à des femmes d’âge mûr, en oubliant que le fils de la petite sœur d’Ariane est si jeune qu’il n’est jamais nommé… La Phèdre de Racine n’a pas l’âge de Thésée mais celui d’Hippolyte, et, comme lui, elle est avant tout lumière (le sens du mot Phèdre en grec), pudeur et pureté.
Ce n’est pas parce qu’il est plus jeune (ou parce qu’il est son beau-fils) que le tragique intervient mais parce que Phèdre croit Hippolyte «insensible», c’est-à-dire complètement étranger à tout ce qui procède du corps et de l’amour, puis parce que l’Amour est aveugle, et qu’il n’unit pas les deux que tout devrait rapprocher. Phèdre et Hippolyte brûlent en effet ensemble de contradictions qu’ils n’arrivent pas à maîtriser et se battent ensemble pour concilier ce mélange, propre à la grande jeunesse, d’énergie et de fragilité, d’absolu et d’intransigeance, de pureté et de complexité, de violence et de passion.
La pièce perd beaucoup si on oublie cela et on ne comprend pas pourquoi l’ultime mot de Phèdre est « pureté »… Ce mot-clef est le fil directeur de notre mise en scène, d’autant qu’aucun des personnages de la pièce n’est médiocre ou en demi-teinte.
Ils sont tous entiers et inaptes au compromis. Ce qui les amène à s’opposer plus ou moins radicalement, et au travers-même de ces variations et oppositions, de justement développer une réflexion originale sur la notion d’Absolu. Cela n’étonne pas quand on rappelle que Racine n’a jamais cessé de faire sa cour à Louis XIV, et à punir de mort ses personnages (Phèdre, Hippolyte ou Œnone) qui ne vivent pas l’Absolu à la manière de ce monarque, c’est à dire dans les limites de ce qu’on doit à sa gloire." Pierre Deusy
Auteur : Jean Racine
Mise en scène : Pierre Deusy
Avec : Marie Hasse en alternance avec Eléonore Lenne Le Chevalier, Joël Abadie, Fabio Goutet en alternance avec Émile Arnaud, Denise Aron-Schröpfer, Jeanne Chauvin, Clara Baudonnet Herreira, Franck Nalis, Pierre Deusy
Création lumière et régie : Eden Harold
Costumes : Catherine Lainard